Histoire d’eau

L’Ill, la Doller, le Quatelbach, le canal du Rhône au Rhin, des étangs, des fontaines… à l’état naturel ou fruit du travail de l’homme, l’eau est omniprésente à Illzach.

Elle a même trouvé sa place dans l’imaginaire collectif, avec la légende des pêcheurs de lune. On raconte qu’un jour, ou plutôt un soir, trois Illzachois sortaient d’un restaurant d’Illzach. Ils avaient certainement un peu trop bu.

Sur le chemin du retour, ils virent le reflet de la pleine lune dans une flaque d’eau. Ils entreprirent d’attraper ce reflet, en s’aidant notamment d’un parapluie, car il avait plu cette nuit-là.

Bien sûr, leur manège ne passa pas inaperçu : un passant fut témoin de cette scène pittoresque et depuis lors, on surnomma les Illzachois, les  » pêcheurs de lune  » !

Une histoire ancienne

L’histoire d’Illzach débute lorsqu’au cours du 4ème millénaire avant notre ère, des agriculteurs venant des régions danubiennes construisent leur village constitué de grandes huttes rectangulaires, sur les berges d’un des bras de l’Ill (actuelle zone industrielle de Modenheim-Ile Napoléon).

Travaillant leurs terres, élevant leur bétail, fabriquant poteries, tissus et outils de pierre, ils commercent également avec des contrées lointaines (Mer du Nord et Mer Egée) comme le prouvent les nombreuses parures en coquillages recueillies dans leurs tombes (ces parures exposées au Musée Historique de Mulhouse constituent la collection de bijoux néolithiques la plus complète d’Europe).

L’occupation humaine est permanente durant l’âge du bronze et l’âge du fer (3000 à 450 avant notre ère) comme le prouvent les traces d’occupation qui ont été retrouvées en différents endroits de la commune.

Uruncis, la gallo-romaine

Fragment de fresque gallo-romaine du 2ème siècle découvert à l’arrière de l’actuelle Mairie

Fragment de fresque gallo-romaine du IIème siècle découvert à l’arrière de l’actuelle mairie.

L’importance du site d’Illzach se confirme au cours de l’époque gallo-romaine. Mentionnée sur l’itinéraire d’Antonin (carte routière établie sous le règne de Caracalla 211-217) sous le nom d’Uruncis, elle se situe alors au carrefour de voies romaines importantes. Cette situation stratégique permet à Uruncis de se développer et de connaître une certaine prospérité.

Mais Uruncis est aussi sur la route des grandes invasions et elle sera ainsi détruite et reconstruite à plusieurs reprises. La station est fortifiée au milieu du IVème siècle après Jésus-Christ.

Malgré la colonisation germanique, l’influence romaine y persiste jusqu’au VIIIème siècle.

Au temps du château d’Illzach

A l’époque franque, un document datant de 835 mentionne l’existence d’un palais royal à Illzach. Mais on ignore sa localisation, aucune trace de ce palais n’ayant été retrouvée.

Sur l’emplacement de l’actuelle résidence  » Le Cheverny « , rue de Mulhouse, s’élevait un château dont la date de construction n’est pas connue (XIème-XIIème siècles). Il était occupé par les « seigneurs d’Illzach  » dont la famille s’éteindra au XVème siècle. Au début du XIVème siècle, Illzach et Modenheim appartenaient aux comtes de Würtenberg.

Modenheim s’appelait alors Mattenheim : on y trouvait un moulin et l’un des rares ponts traversant l’Ill.

Illzach et Modenheim, village vendu à la ville de Mulhouse

En 1437, les frères Ulrich et Louis de Würtenberg vendent pour 3020 florins le village d’Illzach et Modenheim, avec tous les biens et droits existants, à la ville de Mulhouse. Compte tenu de la petite taille de son territoire, cette dernière avait besoin de terres cultivables pour nourrir sa population ainsi que de prés, de forêts et de sablières qui lui faisaient défaut.

C’est en partageant le sort de la ville libre de Mulhouse, qu’Illzach fut rattachée à l’Empire, puis à la République Helvétique.

La commune située à l’extérieur de la ceinture de remparts fut ravagée et mise à sac à maintes reprises. Les Armagnacs pillèrent la localité en 1444, Pierre de Réguisheim la dévasta en 1446, les Autrichiens l’incendièrent en 1468 et en 1589, les Lorrains ravagèrent le village abandonné par ses habitants. Illzach eut à souffrir par la suite sous les coups de l’incendie, des Suédois, des Espagnols, de la peste, de la famine et des soldats de l’Empire.

Une commune indépendante

Illzach en 1750 (Gravure d’époque).

Illzach en 1750. Gravure d’époque.

A : Château                      B : Eglise

C : Maison curiale           D : Maison communale

En 1796, les habitants d’Illzach sont gagnés par les idées révolutionnaires : ils revendiquent tout à la fois la réunion à la France et la suppression des rapports d’allégeance qui les lient à la ville de Mulhouse.

En 1798, la République de Mulhouse se prononce pour la réunion à la France. Illzach, rattachée elle-aussi à la République Française, redevient une commune indépendante à cette occasion.

Elle vit alors une longue période de paix et de prospérité, malgré la guerre de 1870-1871 qui ne l’affecte qu’indirectement, comme en témoigne l’accroissement de sa population (882 habitants en 1802 ; 1401 habitants en 1851 et 2137 habitants en 1895).

Illzach dans la tourmente des guerres

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En 1914, Illzach subit l’une des premières attaques de l’armée allemande contre les Français. Le territoire sera libéré par les troupes françaises le 17 novembre 1918.

La commune continue de se développer jusqu’à la seconde guerre mondiale.

En mai et en juin 1940, des obus tombent aux abords du village où sont cantonnées des troupes. Le 10 mai, les Allemands déclenchent leur offensive. Ils entrent à Illzach le 18 mai. Les juifs, ainsi que les familles francophiles, sont expulsés et leurs biens confisqués.

En novembre 1944, les troupes françaises libèrent Mulhouse et Modenheim mais les Allemands se replient sur Illzach et leur résistance s’y concentre. Durant quatre semaines, le village est soumis à des bombardements terrestres continuels. Des civils sont tués. Mi-novembre, les habitants sont évacués vers d’autres villages.

Le 20 janvier 1945, le village est enfin libéré, après un bombardement systématique. La population civile revient en février pour découvrir un spectacle de désolation : le village est sinistré. Beaucoup de maisons sont détruites et parmi les immeubles endommagés, on compte la mairie, l’école, les deux églises, l’orphelinat, l’institution des aveugles.

Du village à la ville

L’après-guerre est donc consacré à la reconstruction. En 1955, une nouvelle mairie est construite. La commune connaît par la suite une démographie galopante, quadruplant son nombre d’habitants en l’espace de 20 années. Pavillons et immeubles se multiplient sur le territoire dans les années 60-70. Parallèlement, des écoles, des équipements sociaux, des équipements culturels et sportifs voient le jour.

Aujourd’hui, avec plus de 15 000 habitants, Illzach est devenue une ville moderne, mais a conservé son autonomie, son âme et le souvenir de son passé. Bénéficiant d’une situation privilégiée, au carrefour d’importantes voies de communication internationales, elle a su développer son tissu économique et compte plus de 6000 emplois sur son territoire.

S’appuyant sur des équipements publics de qualité, elle s’efforce de répondre aux besoins de toutes les générations et de créer les nécessaires solidarités. Elle accorde une place essentielle à la vie culturelle, sportive et associative en général afin que les uns et les autres puissent se rencontrer, s’enrichir mutuellement, vivre des passions partagées.

Ile-Napoleon, des origines à aujourd’hui

L’île Napoléon

Ile-Napoléon en 1900

Ce lieu-dit, que se partagent les communes d’Illzach, de Rixheim et de Sausheim, doit son nom à une petite île ronde qui se trouvait à l’embranchement des trois tronçons du Canal du Rhône au Rhin, réalisé entre 1804 et 1832.

D’abord appelé Canal de l’Est, il fut nommé Napoléon sous l’Empire, puis Canal Monsieur sous la Restauration.

La petite île a été rasée lors de l’aménagement du Port d’Ile Napoléon en 1968, puisqu’elle constituait une gêne pour les péniches d’un gabarit de plus en plus important.

La tradition papetière

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L’existence d’une écluse incite Jean Zuber à utiliser l’énergie disponible pour construire une papeterie destinée à l’origine à fournir en papier la manufacture de papiers peints Zuber & Cie à Rixheim.

Aujourd’hui encore, la Société Clairefontaine-Rhodia d’une part, les Papeteries du Rhin d’autre part, perpétuent la tradition papetière d’Ile Napoléon.

Un port fluvial important

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C’est à Ile-Napoléon que se trouve le seul chantier naval encore en activité, à une centaine de kilomètres à la ronde.

Son port constitue pour la région économique de Mulhouse un atout extrêmement important. L’ensemble des ports de  Mulhouse-Rhin (Ottmarsheim, Huningue, Illzach) constitue le troisième port fluvial après ceux de Paris et de Strasbourg. Cet ensemble a reçu, en 1999, 4950 bateaux, 17 000 wagons, 80 000 camions, près de 5 millions de tonnes de marchandises livrées ou enlevées, et occupe 70 salariés.

Le réseau ferré

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La ligne de chemin de fer Mulhouse-Neuenburg a été ouverte en 1878. Le trafic de marchandises est appelé à s’y développer considérablement à travers la réalisation de plates-formes multi-modales.

Depuis 2013, une liaison internationale relie Paris à Fribourg.

Le poste de transformation électrique

Parmi les établissements anciens de l’Ile-Napoléon, il faut citer le très important poste de transformation d’E.D.F., mis en service en 1929 et qui n’a pas cessé de se développer pour répondre aux exigences nouvelles, nées notamment de l’extraordinaire accroissement de la production électrique sur le Rhin.

Au carrefour d’importantes voies autoroutières

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L’autoroute A36 Ile-Napoléon restait cependant, malgré la ligne de chemin de fer, malgré le canal, malgré sa papeterie, son chantier naval et son unité de transformation électrique, une vaste étendue d’espaces agricoles, avec la cité de pavillons construite par les établissements Zuber-Rieder et quelques logements de fonction liés au transformateur.

La réalisation de l’autoroute A36 est venue révolutionner cet espace, et en particulier, l’exceptionnel nœud autoroutier qui permet depuis l’Ile-Napoléon, d’aller, sans quitter l’autoroute, à Strasbourg et en Europe du Nord, à Lyon puis à Marseille, à Nice ou en Espagne, en Suisse puis en Italie, en Allemagne et enfin à Paris.

Un développement économique concerté

La volonté conjointe des maires de Mulhouse, d’Illzach, de Sausheim, de Rixheim et de Riedisheim  a été de valoriser cet atout pour y développer la zone d’activités économiques la plus importante de l’agglomération mulhousienne, dans le cadre du SIZIRM (Syndicat intercommunal pour les zones industrielles de l’agglomération mulhousienne).

Sur le territoire d’Illzach même, ce secteur, s’étendant en partie en direction du quartier de Modenheim, a permis d’accueillir le Centre Commercial Carrefour, entouré de commerces et de services divers.

La zone d’activités économiques a accueilli, par ailleurs, de très nombreuses concessions automobiles ou commerces d’accessoires, ou de services liés à l’automobile, ainsi que plusieurs sociétés de transport. Beaucoup d’autres commerces, restaurants, hôtels, services, entrepôts, unités de production ont investi la zone d’activités de Modenheim – Ile-Napoléon qui génère 6000 emplois et assure l’essentiel des ressources fiscales de la ville.

Le SIZIRM a été dissous fin 2009 et ses compétences reprises par la Communauté d’Agglomération de Mulhouse (m2A).

Source : René CANDIR, Illzach, Modenheim, Ile-Napoléon. Pierres et visages d’Illzach de l’antiquité à l’après-guerre.

              Les armoiries

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Les armoiries d’Illzach comportent un fer à cheval avec quatre trous à gauche et trois seulement à droite. Selon la légende, le  forgeron d’Illzach,  appelé hors de sa forge, aurait un jour oublié de percer le huitième trou. Et la nouvelle se répandit qu’à Illzach, les fers à cheval n’ont que sept trous.

Au centre, deux croix de guerre.
Celle de gauche est la croix de guerre 1914-1918, avec la palme décernée à la commune en 1921 pour honorer les six victimes fusillées à Bourtzwiller par les allemands, dans la nuit du 14 au 15 août 1914.
A droite, la croix de guerre 1939-1945 avec une étoile d’argent décernée à la commune en 1948 pour les souffrances endurées pendant l’occupation et les neuf semaines sur la ligne du feu, ainsi que pour les dommages, les nombreuses victimes civiles et sa résistance à la germanisation.